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Le super Caid Mansouri ( Extrait des Mémoires de Jacques Choukroun)

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Dans notre famille, à Berkane, nous avons accueilli plusieurs représentants des autorités marocaines et françaises. Parmi elles, le Général Lyautey et le Super Caïd Mansouri qui lui, est devenu très vite un ami. Il avait une telle personnalité qu’il mérite que je vous en parle plus longuement. Raconte Jacques Choukroun.

Le Super-Caïd Mansouri a d’abord été le Caïd de la tribu des Béni-Ahttig.
Il était le plus important Caïd de la Région des Béni-Snassen.

Du fait de son charisme, de sa personnalité exceptionnelle, de son courage, de
sa probité et de ses nombreuses autres qualités, il avait beaucoup d’influence sur toutes les tribus de la région.

La population du Maroc Oriental, marocaine et française, et aussi l’administration française, tous reconnaissaient son autorité naturelle et lui vouaient un grand respect.

C’était un véritable ami de notre famille et nous avions pour lui une grande
affection.

Mon père lui avait rendu des services, notamment quand il avait eu des
difficultés financières. Il lui avait prêté de l’argent sans percevoir le moindre
intérêt et en lui laissant largement le temps de le rembourser. Par la suite, mon frère Joseph et moi avons toujours eu une attitude respectueuse et amicale.

Il me demandait souvent mon avis pour ses cultures et je me rendais fréquemment avec lui sur sa propriété agricole pour le conseiller. Souvent aussi il venait me voir à mon bureau et, en buvant un verre de thé ou un café, il me faisait ses confidences, nous parlions de sujets divers, de la situation économique et politique.

Nous étions très proches l’un de l’autre et j’appréciais beaucoup cet homme
exceptionnel.

Par la suite, nos liens se sont considérablement renforcés quand j’ai eu l’occasion de lui sauver la vie dans les circonstances que je rapporte ci-après.
A Saïdia, pour les fêtes du 15 août, il y avait toujours une fantasia.

Au Maroc, la fantasia est un spectacle traditionnel qui évoque les batailles à
cheval. Il est donné sur un vaste terrain plat, rectangulaire, par des cavaliers
montés sur leurs chevaux : hommes et montures en tenue de fête, c’est-à-dire
selles rutilantes brodées et gandouras chamarrées.

Les officiels qui assistent à ce spectacle, se tiennent sur le côté, vers le milieu du terrain, dos au soleil, à l’abri sous des tentes ou des dais. Les autres spectateurs se répartissent autour du terrain.

Les cavaliers se mettent en ligne à un bout, puis, par vagues successives, ils
partent au galop vers l’autre bout, soulevant des nuages de poussière. Ils
poussent de grands cris pour exciter les chevaux et pour impressionner les
spectateurs. Ils font tournoyer leurs fusils au-dessus de leurs têtes puis, arrivés
à hauteur des officiels, ils déchargent leurs armes en tirant en l’air, tous en
même temps. C’est un spectacle qui en met plein les yeux … et les oreilles !
Pour être appréciés, les cavaliers doivent tirer en parfaite synchronisation.

Dans la poussière, la fumée et l’odeur de la poudre, dans le bruit sourd du galop
des chevaux et les détonations des coups de fusils, le passage de chaque vague
de cavaliers est salué par les youyous (cris stridents) des femmes et les acclamations de la foule très excitée par ce magnifique spectacle.

Ce divertissement est pour les cavaliers l’occasion de montrer leur adresse
dans le maniement du fusil et leur bonne tenue à cheval. Les cavaliers sont choisis parmi les meilleurs et les accidents sont donc très rares, mais un cheval peut toujours faire un écart…

A l’occasion d’une fantasia, le Caïd Mansouri qui y participait, fit une chute de
cheval avec son fusil chargé. Le coup est parti et son bras a été déchiqueté au
niveau du coude. En attendant que le médecin vienne, je l’ai immédiatement
transporté à sa villa de Saïdia.

Le docteur Hudde est arrivé, et voyant que le blessé saignait en abondance et
que la blessure était grave, il décida que son transport à l’hôpital d’Oujda était
indispensable. Nous sommes partis dans ma voiture (neuve donc impeccable au
départ, elle l’était moins en arrivant à Oujda… du fait de l’hémorragie du blessé).

Quand nous sommes arrivés à l’hôpital, le chirurgien est venu nous dire qu’une
amputation de l’avant-bras était inévitable. Il a ajouté que du fait de l’hémorragie il fallait lui faire une transfusion sanguine mais qu’il n’avait pas
assez de sang en réserve à l’hôpital.

J’ai alors tendu mon bras au chirurgien en lui disant : « Docteur, prenez tout le
sang qu’il vous faut ! ». Par chance, je suis du groupe sanguin O +, donneur
universel, et le chirurgien a prélevé ce qui était nécessaire. Je me souviens qu’il
y avait un grand flacon.

Quand le Caïd Mansouri a été réanimé après l’opération, le docteur est venu me dire qu’il était sain et sauf et qu’il demandait après moi. Quand je suis entré dans sa chambre j’ai été soulagé de le voir bien éveillé après son anesthésie et je lui ai dit qu’il pouvait remercier le chirurgien. Mais celui-ci m’a interrompu en disant à mon ami Mansouri : « Ce n’est pas moi que vous devez remercier, mais Monsieur Choukroun qui a donné beaucoup de son sang.

Si vous êtes encore en vie c’était à lui que vous le devez ! »

Le Caïd Mansouri m’a alors déclaré : « Ah, Jacobi ! nous avons toujours été amis
et frères de cœur, mais maintenant nous sommes frères de sang. Si un jour
quelqu’un veut te faire du mal, il me trouvera devant lui !  » Et effectivement, il
m’en a été reconnaissant toute sa vie.

(Par la suite il a été dit que sa chute n’était peut-être pas due à un accident mais à un « sabotage » des courroie de ses étriers par un inconnu).

Le Caïd Mansouri était d’origine berbère : il avait la peau claire, un port de tête
noble, des yeux bleus dans un visage à l’expression énergique, une fière allure.
Il avait un tempérament de guerrier. Avait beaucoup de dignité et de noblesse. Il était nationaliste et mettait un point d’honneur à parler d’égal à égal avec les représentants de la France devant qui il n’a jamais eu une attitude soumise.

Après le débarquement des Américains en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, les Français craignaient que le Caïd Mansouri ne soit contacté par des agents allemands. En effet, ceux-ci tentaient d’encourager la rébellion des milieux nationalistes marocains pour fomenter des troubles à l’arrière des troupes alliées, comme ils avaient déjà essayé de le faire en 1914 et en 1939.

C’est pourquoi, au début de 1943, les autorités françaises, conscientes de la
grande influence du Caïd Mansouri et de ses sentiments nationalistes,
l’envoyèrent en résidence surveillée à Berguent, au sud d’Oujda.

Avant son départ précipité pour Berguent il m’avait fait demander de m’occuper
de sa ferme pendant son absence. Il y avait toujours eu une grande confiance
entre Mansouri et moi.

Immédiatement je suis allé voirle Chef de Région d’Oujda (rang etrôle de Préfet) pour lui dire que cette décision était injuste et que c’était une grave erreur que commettait la France.

Le Chef de Région m’a dit qu’il était de mon avis mais qu’il n’avait pas le pouvoir d’annuler cet ordre de « mise en résidence surveillée ».

Il a ajouté que lorsqu’il avait questionné le Caïd Mansouri, celui-ci lui avait
répondu : « Quand on aime son père, est-ce que ça veut dire que l’on n’aime
pas sa mère ? Moi, j’aime le Maroc, cela ne m’empêche pas d’aimer aussi la
France. Si j’aime mon pays et si je souhaite qu’il retrouve son indépendance, cela ne veut pas dire que je n’aime pas la France en tant que pays ! ».

Cette réponse avait beaucoup impressionné le Chef de Région.

Je lui ai lors demandé l’autorisation d’aller voir le Caïd Mansouri parce que, ayant la charge de sa ferme et de sa famille composée d’une trentaine de personne, j’avais besoin de savoir à qui je pouvais faire confiance en son absence. En réalité je voulais surtout le contacter pour savoir s’il avait eu plus
d’explications sur son exil et ce que je pouvais faire pour lui. Il me fut répondu que le Caïd étant mis au secret, je ne pouvais pas le rencontrer.

Mon frère Joseph et moi étions d’autant plus contrariés par cet exil que nous
étions convaincus de la loyauté de notre ami de longue date. Nous avons donc décidé que, l’interdiction du Chef de Région me concernait, moi, mais pas Joseph… et que Joseph irait le voir, incognito. Il s’est donc rendu à Berguent, habillé d’une djellaba, comme un Marocain. Après avoir parlementé avec les moghaznis, des auxiliaires marocains armés qui montaient la garde et après leur avoir fait cadeau une bonne somme d’argent pour les remercier de leur compréhension, il a réussi à voir le Caïd Mansouri.

Celui-ci lui a confirmé que les craintes des autorités françaises n’étaient pas
fondées, qu’il n’avait eu aucun contact avec des émissaires des Allemands et qu’il n’avait pas l’intention de se départir de son estime envers la France, même s’il restait fidèle à son idéal de nationaliste marocain.

Peu après, sans doute suite au bavardage de l’un des gardes, le Chef de Région a eu connaissance de la visite faite par mon frère et il l’a convoqué. Joseph lui a
redit que l’exil de Mansouri était une erreur politique qui pouvait se retourner
contre la France car en raison de sa très grande influence l’effet serait à l’inverse de celui recherché.

Il lui a dit qu’après sa conversation avec le Caïd, il pouvait affirmer qu’il fallait
lui faire confiance et mettre un terme à son exil. Le Chef de Région a répondu
que pour le moment il n’était pas question de libérer Mansouri. Il a ajouté qu’il
nous comprenait mais que Joseph ne pouvait ignorer l’interdiction qui m’avait
été faite. Et, comme il ne l’avait pas respectée, la moindre sanction qu’il pouvait lui infliger était un blâme verbal.

Grâce à des contacts que Joseph a pris ensuite par téléphone avec un
fonctionnaire du Ministère des Affaires Étrangères du gouvernement français (il
l’avait connu lors d’une cure thermale à Aix-les-Bains), nous avons pu intervenir
en faveur du Caïd. Quelques semaines plus tard il fut donc libéré et les autorités
françaises lui rendirent le sceau qui était le symbole de sa fonction.
C’était une sage décision que les autorités n’eurent pas à regretter.

Nos liens avec lui devinrent encore plus étroits. Sa reconnaissance envers nous
s’est toujours confirmée, et plus encore par la suite quand, atteint d’une cataracte qu’il n’avait pas fait opérer faute de moyen, nous avons payé l’opération qui lui rendit la vue.

Après l’indépendance du Maroc, en 1955, Mohamed V le nomma Super-Caïd de
la région de Berkane.

En raison de son influence et de sa fidélité au sultan Mohamed V, il avait ses
entrées au palais à Rabat. Quand Sa Majesté Mohamed V est venue faire une
visite à Berkane il a remonté en voiture le Boulevard qui porte son nom, debout
avec le Super-Caïd Mansouri à ses côtés.

Au moment où il est arrivé à hauteur de notre maison et que nous l’applaudissions chaleureusement, Mansouri a attiré vers nous l’attention du
Sultan qui nous a fait un très aimable salut en nous souriant.

Peu après, c’est le Sultan Mohamed V qui m’a décoré de la médaille de Ouissam
Alaouite, Ordre honorifique marocain.

Pour terminer, je tiens à affirmer que mon grand ami de toujours, le Super-Caïd
Mansouri, était vraiment une très belle figure qui inspirait le respect, et le
méritait.

Son souvenir reste très précieux pour moi et ma famille.

Texte extrait des Mémoires de Jacques Choukroun

EU Briefs publie des articles provenant de diverses sources extérieures qui expriment un large éventail de points de vue. Les positions prises dans ces articles ne sont pas nécessairement celles d'EU Briefs.

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