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Plaidoyer pour une action diplomatique humanitaire en Haïti

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Comment expliquer le drame de l’insécurité violente en Haiti et l’incapacité du gouvernement à faire face aux gangs? D’où serait le défi ? L’insécurité en Haïti un drame profondément humain. Il n’y a pas de mots pour expliquer ce que vit la population.

De sources combinées le journal le Nouvelliste et la radio Vision 2000, “OCHA affirme avoir recensé, du 15 au 29 août 2023, 71 morts et des blessés parmi les populations de Canaan, Bel-Air, Carrefour-Feuilles et Solino, à la suite de la nouvelle escalade de violences des gangs dans la région métropolitaine de Port-au-Prince.  

Aussi “ le Service des droits de l’homme du BINUH » a indiqué avoir documenté plus de 1.860 victimes de meurtres, de blessures et d’enlèvements dans l’ensemble du pays, entre avril et juin 2023, soit une augmentation de 14% par rapport au premier trimestre”. Les chiffres des exactions parlent d’eux-mêmes du climat de terreur et de capitulation des forces de sécurité devant le pouvoir des gangs. Ces statistiques donnent une image extrêmement grave de l’état d’insécurité touchant profondément le non respect de la dignité de la personne humaine en Haïti par les gangs armés et la mise en cause de la responsabilité de l’Etat.

Il y a véritablement un drame social voire criminogène de constater la mort au quotidien des citoyens. La mort opérée par des groupes armés, comme le cas des habitants de Carrefour-Feuilles récemment, révolte les consciences. Il y a la mort mais il y a aussi la peur, la fuite, le viol sexuel des femmes, la migration forcée des familles devenues nomades et davantage vulnérables, sans capacité de se protéger contre les gangs et sans assistance humanitaire réelle.

Ensuite, il faut compter le pire du mal dans ce que cette insécurité a provoqué comme drame humain, comme la tragédie du désespoir, en d’autres mots, le fatalisme qui a poussé des fidèles chrétiens protestants à l’appel du leader religieux, Pasteur Marco d’aller affronter les membres du réputé chef de gangs Jeff dans la localité de Canaan en entraînant avec lui ses fidèles comme des moutons s’en allant à l’abattoir.

Ils étaient nombreux accompagnés de bâtons en mains, de chants d’espérance et une bible, marchant pour aller déloger les bandits. Malheureusement le résultat allait être soldé par un massacre en règle d’un nombre de fidèles. C’était de la folie furieuse en convoquant les fidèles et les mettant de manière inférieurement disproportionnée, désordonnée, et non sécurisée face à des bandits armés.

A l’observation du drame de Canaan personne n’avait compris non plus pourquoi la Police nationale n’intervenait pas, ce pour empêcher avec force légale, suivant le principe du devoir de protéger des fidèles de ce massacre, comme on le fait dans le cadre des manifestations de contestation politique.

Un drame humanitaire non conforme aux droits fondamentaux

S’agissant du drame de Carrefour-Feuilles et de Canaan du point de vue moral, c’est très déchirant, puisqu’il s’agit des personnes déjà vulnérables. Elles sont sans assistance de l’Etat ou de la Force publique. Elles habitent dans les lieux non servis par l’Etat et deviennent doublement victimes par la marginalisation sociale et politique. Avant même que leur territoire soit perdu, c’est-à-dire occupé par le contrôle des gangs, ces personnes étaient pour la plupart d’entre elles des catégories oubliées sans prise en charge. Maintenant frappées par la mort, la violence en plein jour et l’incendie de leurs maisons, le drame est devenu profondément humain, inacceptable et non conforme aux droits humains fondamentaux. C’est de cela qu’il s’agit du point de vue moral. Ainsi, le drame de la violence actuelle dans son illustration et qui fait pleurer les familles et leur enlève le sommeil fait appel à l’urgence humanitaire et à la conscience des acteurs nationaux et internationaux.

Crise de l’insécurité et responsabilité

Toute personne en danger de mort a droit à la protection de leur vie. C’est le devoir des Etats selon les Conventions internationales de porter assistance à leurs citoyens. Et, la coopération internationale par vocation existe pour aider les pays en difficulté à répondre aux exigences morales de protection des citoyens. Le théâtre du drame humain auquel on assiste en Haïti nous laisse perplexe sur l’exercice de cette responsabilité au niveau national et au niveau international.

Il est indéniable que le pouvoir de transition de l’Etat tel qu’il s’exerce n’a pas la capacité de protéger les citoyens en ayant pour exemple le drame de Carrefour-Feuilles et celui de Canaan. Les unités dites spécialisées de police sont inefficaces pour ne pas dire inexistantes. Les gangs sont les maitres du jeu ou les héros du film du drame d’insécurité qui se joue actuellement en Haïti. Les foyers des gangs sont inattaquables à défaut de moyens adéquats, et même les policiers sont victimes des actions des bandits. Ainsi se traduit l’incapacité de l’Etat qui a la force légale de pouvoir protéger et défendre la population de la violence aveugle des gangs.

Une responsabilité partagée avec la coopération internationale

A quoi sert la coopération ou l’assistance humanitaire?

L’assistance doit par vocation permettre de combler les faiblesses dans des secteurs dont souffre le pays bénéficiaire de la coopération. C’est de là que s’enracine toute discussion sur la liste ou feuille de route pour la négociation entre les partenaires. Le sens de la coopération renvoie ainsi à l’impact bienfaisant de la coopération et de l’action humanitaire. “ L‘humanitaire moderne, constitutif du développement des sociétés industrielles depuis sa naissance au milieu du XIXe siècle s’est développé dans les secours d’urgence, puis des formes d’aide plus structurelle, mais aussi, à partir de l’entre-deux-guerres, dans la naissance d’un droit international – de la codification des usages de la guerre aux conventions des réfugiés- dans un contexte d’institutionnalisation du champ humanitaire international “ a affirmé, Dzovinar Kévonian, dans un ouvrage intitulé “Réfugiés et diplomatie humanitaire. Les acteurs européens et et la scène proche orientale pendant l’entre-deux- guerres”, Paris, Publications de la Sorbonne, 2004. Il va s’en dire qu’un nouveau modèle humanitaire convie à une vision plus structurée de l’assistance dans la perspective d’un développement durable et d’une prise en compte de la question sociale comme un facteur lié aux droits humains fondamentaux si nous voulons en venir à la paix.

Entre la responsabilité des acteurs nationaux et des acteurs internationaux

C’est vrai il y a les responsabilités des gouvernants nationaux, mais il y aussi celles de ladite communauté internationale. La question est de savoir qu’au-delà de la responsabilité morale, qui techniquement peut faire face aux gangs et avec quels moyens? En effet, depuis plus de deux ans les amis d’Haïti constatent les limites d’une politique de sécurité et de défense des forces policières. La marginalisation de la petite cellule des (FADH) Forces Armées d’Haïti, alors qu’elles pourraient moyennant jouer un rôle sur le terrain n’aura malheureusement permis au gouvernement d’exercer son pouvoir régalien. L’on assiste plutôt le contraire avec les gangs qui exercent leur autorité de contrôle et de violence sur la population vulnérable. Que faut-il entreprendre ?

Le départ de Ariel pourrait -il aider tant que les conditions des forces de sécurité demeurent sans les moyens techniques d’une véritable politique de sécurité ? Quelle équipe de politiciens venant avec de nouvelles idées qui peuvent changer les données mortuaires de la violence aveugle des gangs, si les américains nommément ne s’engagent pas sincèrement à changer l’état des choses?

Les dirigeants actuels peuvent-ils agir sans l’aide de la communauté internationale contre les gangs?

Ce n’est pas une question banale de se demander d’où viennent les armes de la violence des gangs? Ni Ariel, ni Macorel, ni Polverel ne peuvent rien faire de façon longitudinale et efficiente contre les gangs sans l’appui sincère des gouvernements américains et dominicains dont la pénétration des armes et les munitions est sous le contrôle total de leurs services douaniers. D’où proviennent les armes et munitions dont détiennent les groupes armés ? Haïti ne produit pas d’armes et de munitions. Il existe que deux frontières douanières qui sont susceptibles de faciliter la rentrée des armes en Haïti: les États-Unis et la République dominicaine. Alors que ces deux pays se plaignent de l’insécurité violente en Haïti.

Personne n’est dupe sur la provenance et l’existence des armes qui tuent les paisibles citoyens en Haïti. Pourquoi a-t-on laissé les gangs recevoir des armes pendant que les FADH sont interdites de participer à des opérations militaires pour récupérer les territoires perdus? Pourquoi c’est maintenant l’on décide d’envoyer un groupe de soldats au Mexique pour une formation de quinze jours seulement ? Pourtant, on aurait pu décider avec les trois millions proposés pour l’arrivée de la force multinationale de planifier à donner une formation solide aux FADH et à la PNH. Là encore, soyons sérieux, l’enjeu global n’est pas seulement d’apporter une assistance ponctuelle aux forces de sécurité mais d’assurer une politique publique permettant de faire face aux défis du banditisme engrangés par des problèmes socio-économiques.

Vers une coopération internationale nécessaire en matière de sécurité et de prévention des crimes

Il est difficile de voir un secteur de la vie nationale où Haïti est capable de se tenir debout sans une béquille de coopération. Il faut être réaliste, car Haïti ne peut pour l’instant vivre dans l’autarcie. Elle n’a pas la capacité pour le moment d’assumer et d’assurer son autonomisation en matière de sécurité. Sa diaspora est aussi une des raisons qui doit favoriser l’aide d’une part, et permettre d’autre part, de changer l’imaginaire de la coopération internationale, pour qu’elle soit plus utile et profitable.

La crise institutionnelle est complexe. Il est souhaitable dans le cadre de la coopération internationale d’opter pour une professionnalisation de la Police nationale et des Forces armées d’Haïti. Les institutions haïtiennes au regard de leurs résultats sont paralysées dans leurs actions de service aux citoyens. Parmi ces institutions la PNH et les FADH sont des plus éloquentes en termes de paralysie pour des raisons de moyens techniques, de formation et de logistique. Elles sont quasiment vides sur le plan de moyens pour engager une intervention effective contre les gangs et la surveillance du territoire. Une aide internationale appropriée et substantielle à la dimension des paramètres de l’insécurité violente devrait pouvoir sur place contribuer à la structuration des forces de sécurité pour une assistance de prévention et d’actions adéquates contre les gangs.

Pour une approche holistique de l’aide humanitaire

Toutefois, si le montant qui va être alloué à la mission internationale de sécurité pour Haïti devra: profiter seulement aux forces de sécurité sans une assistance sociale et économique, ce sera peine perdue. Nous assisterons à une recrudescence de l’insécurité quand partiront justement les soldats étrangers, comme cela avait toujours été le cas avec les anciennes missions des Nations Unies. Ce ne serait qu’une tautologie, un cercle vicieux. Si une approche holistique de la recherche des solutions ne peut être envisagée ce ne serait plus nécessaire dans ce contexte d’avoir à claironner de l’assistance humanitaire pour Haïti. Il suffit de penser au documentaire de Raoul Peck « Assistance mortelle », et d’en tirer les leçons de pédagogie d’une coopération internationale. “Assistance mortelle,” telle est une expression bien placée et contextualisée pour décrire ce qui est symptomatique de nos rapports de coopération avec lesdits amis partenaires internationaux que nous avons en Haïti. Le livre de Ricardo Steitenfus, l’ancien représentant de l’Organisation des Etats-Américains, nous a fait une radiographie bien soutenue dans son livre titré :”L’échec de l’aide internationale en Haïti “ . Il a donné des exemples de stratégie mal ficelée à courte vue, alors qu’elle devrait être relevée d’une gouvernance globale de la coopération.

Néanmoins compte tenu de notre vulnérabilité chronique nous ne saurions refuser l’aide internationale. Cependant, nous devons travailler avec les partenaires pour » changer l’imaginaire de la coopération. Si les auteurs comme Steitenfus, le professeur Sauveur Pierre Etienne dans son livre : “ L’invasion des ONG, les Editions CIDIHCA et CRESFED, Montréal- Port-au-Prince, 1997, 344pp; Mauley Colas, “Action humanitaire , marginalisation et changement social en Haïti, une étude menée dans la région métropolitaine”, Éditions Universitaires européennes, 2015, 104 , pp.; encore une fois Mauley Colas, dans “Questionner l’action humanitaire en Haïti, une analyse du discours des acteurs, bénéficiaires”, février 2014 ( texte écrit dans le cadre d’une table ronde pour les travaux du Groupe de recherche sur les imaginaires politiques en Amérique Latine (GRIPAL), critiquent l’aide internationale ce n’est pas qu’elle ne soit importante, mais c’est parce qu’elle doit changer d’approche pour être efficiente.

Haïti un Etat patient sous placebo, appel à une éthique d’assistance

Haïti est un Etat en mauvais état dont la situation s’aggrave de plus en plus avec la crise institutionnelle. C’est un patient couché sur un lit d’hôpital pour des pathologies sévères. Son état clinique est critique. La communauté internationale est à son chevet pour lui prodiguer idéalement des médicaments dont on ne sait à mesure que la situation clinique se détériore si ce sont des placebos ou de vrais médicaments avec des principes actifs pour des résultats thérapeutiques. Dans les faits, tout ressemble à la métaphore du patient qui est obligé d’accepter le placebo de son médecin sur son lit d’hôpital pour éprouver le plaisir du sentiment de vivre afin d’éviter la sensation de mourir.“ Le terme placebo apparaît pour la première fois en 1785 en Angleterre dans la seconde édition du Motherby’s New Medical Dictionary, où il est défini comme une « méthode banale de remède ». Il faudra attendre 1803 pour que sa définition se précise. Le New Medical Dictionary le désigne alors comme « une épithète donnée à tout remède présent pour faire plaisir au patient plutôt que pour lui être utile ». En 1811, le Quincy’s Lexicon-Medicum parle d’un « traitement donné plus pour plaire au patient que pour le guérir ». Voir en référence, l’article suivant “A l’origine du placebo, un remède pour plaire au patient. Le terme placebo vient du latin placere (« plaire ») et de la traduction erronée d’un verset de la « Vulgate ». (Voir à ce sujet ce texte écrit dans la section Sciences par Marc Gozlan dans le journal Le Monde, Publié le 18 juin 2019 à 07h15 ).

Vers une éthique de responsabilité politique citoyenne

A l’instar de l’éthique médicale qui fait le procès de l’universalité face au paternalisme du médecin, il faut de part et d’autre, face au partage de responsabilité, travailler, s’élever aux exigences d’éthique de coopération internationale. Haïti a besoin d’amis et de partenaires sérieusement solidaires de sa cause avec ses problèmes endémiques, structurels nés des conditions de sa sociogenèse et des drames de son histoire qui veulent vraiment l’aider à guérir de ses plaies, de son mal de progrès et de développement humain. Haïti a besoin une éthique de santé dans ses relations avec l’extérieur.

Mais aussi de notre part, devons-nous comme partenaires de la coopération internationale, notamment comme patients, et gouvernants particulièrement démontrer un sens élevé de responsabilité politique et citoyenne. Peu importe les reproches que nous pourrions adresser aux amis internationaux par rapport au placebo, à la vertu de la coopération, nous nous devons toutefois reconnaître que nous n’avons pas su faire preuve de hauteur morale en matière de gouvernance. Il y a en Haïti le besoin d’affirmation et d’application des valeurs de citoyenneté et de responsabilité vis-à-vis du bien-être commun. Nous devons faire cette praxis d’éthique de citoyenneté aujourd’hui même dans une perspective d’éthique de gouvernance. C’est là que pourrait apparaître tout au moins notre sérieux comme gouvernants et partenaires de coopération.

Pour une autre culture de gouvernance politique

Sauf qu’une culture de bonne gouvernance qui soit capable de nous faire prendre au sérieux dans échanges internationaux. Aujourd’hui les échanges se fondent sur des valeurs, c’est-à-dire le respect des principes internationaux dont on appelle dans les discussions de haut niveau le standard universel. La communauté internationale ne nous prend pas au sérieux, du fait qu’en pratique nous ne le sommes pas. Nous ne progressons pas positivement avec nos idées et nos décisions. Nous mentons sur notre volonté de changer notre situation. Nous maintenons les mêmes éléments de langages diplomatiques avec les acteurs depuis des décennies.

Autrement dit, les internationaux voient dans notre gouvernance politique rien qu’une politique de rumination de politiciens. Des individus qui ne veulent diriger l’Etat que pour eux-mêmes sans souci du bien-être commun. Ceux d’hier qui ont scandaleusement échoué à leur promesse de changement, leur devoir de responsabilité politique, sont encore ceux-là paradoxalement aujourd’hui qui reviennent et négocient dans un écho sonore le pouvoir pour diriger. Ils veulent diriger au nom du partage de responsabilité politique, de changer l’ordre des choses, dans le clanisme avec un particularisme singulier, sans esprit d’universalité, pour obtenir les mêmes résultats d’avant. Nous n’arrivons pas à signer un accord pour sortir le pays de la crise institutionnelle. Nous ne produisons que des désaccords au profit des intérêts mesquins sans objectif national.

De l’importance de la réflexion pour l’action politique

Peut-on faire de la politique sans la réflexion politique? “Le propre de la discussion politique est d’impliquer une discussion sur les valeurs en même temps qu’une conciliation d’intérêts (politiques, socio-économiques, culturels). Il faut également situer la discussion politique dans son contexte propre, qui est une procédure de décision collective, et identifier la forme centrale de l’accord politique, qui est le compromis entre partenaires pour rendre possible l’action commune, entre adversaires pour régler les différends ou solder les conflits. Dès lors, la question est celle des critères qui font le partage entre compromis inadmissibles et compromis raisonnables, entre les « compromis de trahison » et ceux qui font avancer l’action. Il s’agit de savoir comment, sous quelle forme et dans quelles limites les compromis politiques peuvent donner lieu à une action orientée par des principes de liberté, de justice, de solidarité internationale, au lieu de se réduire à une négociation d’intérêts entre les groupes” Voir note de recension Le philosophe Patrice Canivez, professeur à l’Université Lille 3, son dernier essai, Qu’est-ce que l’action politique ?, paru en 2013 chez Vrin. Iphilo. Fr – la philosophie en poche. La première application de philosophie pour iPhone http://iphilo.fr

Haïti vit depuis l’assasinat du président Jovenel une crise politique conflictuelle interminable. La violence du langage des acteurs politique est passée à la violence physique des gangs, où le dialogue et la paix sont difficiles entre les acteurs dans la recherche d’un consensus national. Il est regrettable de constater que l’action politique de quelques acteurs des plus bruyants ne soit accompagnée et soutenue par une réflexion politique intelligente structurée. Aucune recherche de solution ne soit possible sans l’engagement principal des acteurs politiques nationaux. Dans ce climat, il est souhaitable comme proposition que la politique soit considérée comme un art, pour qu’elle soit pensée avec rationalité, intelligibilité afin que les actions puissent atteindre certains résultats.

En effet, la littérature sur la résolution des conflits en matière de crises établit un cadre théorique d’analyse pour arriver à des solutions politiques. Ce cadre est fondé sur la possibilité que les acteurs de diverses entités partagent entre eux des croyances normatives et une vue commune sur la nécessité de trouver des résultats en dépassant les contradictions les séparant. Il s’agit pour les acteurs haïtiens de se mettre ensemble dans la vérité et la confiance mutuelle pour sauvegarder l’intérêt commun en transformant les vues, les croyances en une politique publique pour faire avancer le pays sur la voie du développement.

Proposition d’une grille d’approche cognitive

Nous reprenons ici avec intérêt une grille d’approche cognitive proposée comme des conditions principales à tenir compte pour appréhender et administrer les apories qui sont des fils à retorde en termes de barrières, d’obstacles impliquant les intérêts des différents acteurs venant de secteurs divers. Cette grille a une valeur théorique standardisée. Elle est suggestive de considération pour trouver la voie d’arriver à une entente, au regard des difficultés rencontrées par des acteurs d’horizons différentes. Faut-il préciser en dehors de toute influence ou facteurs exogènes, car il y va d’abord de la responsabilité des acteurs nationaux de répondre en première ligne les problèmes que confronte leur pays. Elle est produite sur la base d’un article de Paul A. Sabatier, Avocacy Coalition Framework (ACF). L’article est paru dans Dictionnaire des politiques publiques, 5e édition, sous la direction de Laurie Boussaguet, Sophie Jacquot, Pauline Ravinet, Paris, Presses Sciences Po, 2019. Ce sont des conditions.
Nous reproduisons les principales conditions qu’il faut regarder qui sont :
1) une situation d’impasse intenable ( hurting stalemate) dans laquelle tout le monde perçoit la continuation du statu quo comme inacceptable
2) la participation par les représentants de tous les secteurs concernés (stakeholder’s)
3) des règles de décision fondées sur le consensus
du temps (habituellement un an ou plus)
4) un médiateur de politique publique compétent ( policy broker)
5) l’instauration d’une confiance mutuelle
6) l’apprentissage entre coalitions.

Cette liste n’est pas une panacée, mais elle peut donner l’intérêt à trouver un modèle à mieux travailler les pratiques déjà en marche pour une méthode efficace de recherche de résolution de la crise politique qui étouffe et paralyse le pays. Incontestablement la politique haïtienne est en panne d’innovation, d’intelligence créatrice et de valeurs de citoyenneté. Ce qui justifie donc la recherche d’un nouveau paradigme. Voilà quelques unes de nos difficultés auxquelles il faut apporter des réponses.

Jean Jude Piquant
Ambassadeur d’Haïti près le Saint-Siège

EU Briefs publie des articles provenant de diverses sources extérieures qui expriment un large éventail de points de vue. Les positions prises dans ces articles ne sont pas nécessairement celles d'EU Briefs.

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