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Ouverture ou fermeture de la Basilique Sainte Sophie ? (Interview).

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Approche culturelle et spirituel.

Dialogue entre deux universitaires, polyglottes et philosophes. Oreste Papadopol est grec pontique (communauté sous la jurisdiction du patriarche de Constantinople) de Roumanie. Il vécu en Europe de l’est (plusieurs localités balkaniques) et de l’ouest, ainsi qu’au E.U. (New-jersey). Membre de RfP à Bruxelles, Mohammed Jamouchi nous livre ses réflexions suite à la demande de dialogue formulée par l’ambassadeur de l’UNESCO

Oreste Papadopol : Les musulmans peuvent se réjouir de la conversion de sainte Sophie en mosquée.

Mohammed Jamouchi : L’image des musulmans en Europe et dans le monde, après la chute du mur de Berlin et l’effondrement du WTC, a été fortement défigurée. Les musulmans ne font pas tous de l’apologétique, mais le changement de statut juridique de la Basilique n’est pas fait pour améliorer cette situation malheureuse. Istanbul, cette merveilleuse capitale culturelle, trois fois impériales, est déjà répertoriée comme la ville aux mille minarets.


O.P.
: Mais Constantinople a aussi été détruite par les croisés qui l’on dépouillée de tous ses objets precieux. Alors, sainte Sophie doit-elle rester ouverte à tout le monde ?

M.J. : Ouverte, elle le fut déjà, au moins depuis 1934. Il est intéressant de passer de la culture mortifère de musée à une dynamique spirituelle vivante ; humaniste, animée de bienveillance ; mettant en avant l’aspect inclusif de communion et de paix.
Rouvrir à la prière, à la spiritualité, à la méditation et aux valeurs universelles sont des incitations comfortantes, des initiatives à complimenter.


O.P.
: Et la partager avec les Orthodoxes grecs ? Les orthodoxes sont protégés en Turquie (Istanbul et les deux îles de l’egée) par le Traité de Lausanne. Mais Aya Sophia n’a rien à voir avec l’ouest ni la culture occidentale, c’est une affaire orientale.

M.J. : Cela semble incompatible avec la conjoncture politique actuelle et antérieure car la grande Église d’Orient fut acquise par le sultan Mehmet en 1453 qui en fît un bien de main-morte Et ce n’est pas du tout évident non plus au regard de ce que vivent les Grecs orthodoxes et les Arméniens quant au partage de l’église du Saint sépulcre à Jérusalem.


O.P. : Voilà, pour les orthodoxes, la seule importance religieuse réside dans le saint sépulcre de Jérusalem et aussi les églises comportant des reliques de saints. Ce n’est pas le bâtiment, mais les reliques qui s’y trouvent qui ont de l’importance. Aya Sophia n’a aucune relique et donc elle n’a aucune importance religieuse. Mais ne craignez vous pas une escalade conflictuelle ? Car l’église orthodoxe se distingue fondamentalement du christianisme occidental…

M.J. : Outre les discussions byzantines sur les différences rituelles, le statut pontifical, la représentation des icônes, la conception de la mort, le sens de la mystique et autres variations doctrinales sur la christologie, la trinité et l’hostile, ce temple est un lieu sacré pour les orthodoxes et les musulmans. L’orthodoxie fait partie de la spiritualité orientale qui n’est pas sans affinités avec l’islam et qui partage un pan de l’histoire depuis ses origines.Ils ne se sont pas combattus durant les cinq siècles de la Pax ottomana avec la présence et la coexistence des quatre principales minorités protégées (millet, dhimmi) avant même l’existence de l’œcuménisme.Aujourd’hui, d’un point de vue  pragmatique, l’enjeu se situe entre le sécularisme kémaliste pour maintenir sainte Sophie dans son statut de musée et le régime actuel qui veut faire d’Aya Sophia une mosquée. Mais il convient d’éviter l’écueil ethnique d’un nationalisme et patriotisme accerbes.

O.P. : Et pourquoi pas une Basilique ? Car il y a une communauté orthodoxe, mais les catholiques ne sont pas du tout concernés. Pourquoi les catholiques se mêlent-ils de ces affaires, les orientaux n’interviennent jamais dans l’ouest…

M.J. : Aujourd’hui il ne reste que deux mille Orthodoxes en Turquie, tandis que les Témoins de Jéhovah seraient quatre mille. Leur majestueuse Basilique est surdimensionnée au regard de leur nombre. Avant les pogromes des années ’50, contre les orthodoxes d’Istanbul, ils étaient estimés à cent mille. Maintenant, ils ont presque tous émigrés en Grèce. Par ailleurs, Aya Sophia fut transformée en cathédrale Catholique (sainte Sophie) en 1437 avant d’être métamorphosée en mosquée en 1453. Le culte grec orthodoxe n’y est donc plus tenu depuis 1437.

O.P. : Les témoins de Jéhovah sont protégés par la loi turque de liberté de pensée et d’expression. Mais les hommes sont persécutés à cause de leur refus d’entrer à l’armée, comme objecteurs de conscience. En plus, pour les chrétiens, les témoins de Jéhovah ne sont pas chrétiens.

M.J. : C’est juste pour les discréditer, comme certains musulmans considèrent que les coranistes, les ahmadiyya ou les mut’aziltes ne sont pas musulmans ; comme des juifs rabbiniques qui considèrent que les juifs karaites ne sont pas juifs. On est systématiquement le sectaire de l’autre. Cette théorie épistémologique repose sur l’accord d’un consensus.

O.P. : Vous admettrez bien qu’il ne reste alors plus de place à la rencontre …

M.J. : Au contraire, Aya Sophia, ce signe de la Sagesse sacrée (grec orthodoxe, catholique latin, coranique) pourrait être l’occasion de célébrations pluricultuelles et d’ouverture à la culture d’autre fois (byzantine, arabe) et à d’autres foi (abrahamiques) surtout les vendredis et à l’occasion des fêtes au lieu d’une fermeture.L’islam est une source d’amour et de miséricorde envers l’humanité, un adjuvant permettant d’encourager les bonnes volontés en faveur d’un meilleur vivre-ensemble …Les musulmans savent parfaitement que les textes coraniques sont claires, le Coran plaide sans ambiguïté pour que les églises, les synagogues et les ministres du culte  soient protégés. Aya Sophia, dédiée à la Sagesse divine, à la théosophie pourrait synthétiser l’orient et l’occident…, l’héritage antique et moderne, à l’instar d’un chef-d’œuvre architectural arabo-andalou-byzantin.

O.P. : Je ne vois pas de rencontre possible entre l’orient et l’occident et et je comprends encore moins pourquoi, vous parlé systématiquement de synthèse…

M.J. : De grandes réalisations sont parfois issues d’utopies. Pensons à Alexandre le Grand. Dialoguer c’est aussi assurer une transition soft. Elle était musée, ouverte à tous, elle pourrait garder une dimension d’ouverture œcuménique. Le grand mufti d’Istanbul pourrait très bien inviter le patriarche oeucuménique de Constantinople, un évêque ou un métropolite à prier dans la mosquée-basilique-cathédrale. Ces démarches et traditions d’accueil font parti de l’islam authentique.


Oreste Papadopon Spécialiste de l’orthodoxie grecque 

Mohammed Jamouchi RfP AcademyBrussels

EU Briefs publie des articles provenant de diverses sources extérieures qui expriment un large éventail de points de vue. Les positions prises dans ces articles ne sont pas nécessairement celles d'EU Briefs.

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