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Brexit : Londres s’attire les foudres de Bruxelles

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Deux mois après la pleine entrée en vigueur du Brexit, Londres a provoqué la colère de l’UE en prolongeant unilatéralement mercredi une mesure destinée à permettre aux entreprises de s’adapter aux nouvelles dispositions commerciales entre la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord.

Face à la grogne qui monte dans la province britannique, le gouvernement de Boris Johnson a décidé d’étendre de six mois la période de grâce sur les controversés contrôles sur les produits agroalimentaires qui arrivent en Irlande du Nord depuis le reste du Royaume-Uni.

Cette extension jusqu’au 1er octobre est une mesure “temporaire” destinée à éviter des perturbations majeures “dans le cadre d’une mise en oeuvre pragmatique et proportionnelle du protocole nord-irlandais”, a affirmé, dans une déclaration écrite au Parlement, le ministre de l’Irlande du Nord, Brandon Lewis. Les échanges sur le sujet se poursuivent avec Bruxelles, a-t-il assuré.

Destiné à éviter le retour d’une frontière entre la province britannique et la République d’Irlande (toujours membre de l’UE) qui risquerait de fragiliser la paix conclue en 1998 après trois décennies de conflit meurtrier, ce protocole négocié entre Londres et Bruxelles introduit des contrôles sur les marchandises arrivant en Irlande du Nord depuis la Grande-Bretagne.

Par la voix du vice-président de la Commission européenne, Maros Sefcovic, l’UE a exprimé sa “forte préoccupation” après cette mesure “unilatérale” qui s’apparente à une “violation” des dispositions prévues et de “l’obligation de bonne foi” prévue dans l’accord de retrait scellant le divorce entre l’UE et le Royaume-Uni.

Dans un appel téléphonique mercredi soir avec M. Sefcovic, l’ex-négociateur David Frost, désormais chargé des relations avec Bruxelles au sein du gouvernement britannique, a indiqué qu’il s’agissait d’une mesure “technique” et “temporaire” pour “donner davantage de temps aux entreprises comme les supermarchés et les opérateurs de colis de s’adapter”, selon un compte rendu publié par Downing Street.

Il a souligné que des “progrès urgents” étaient nécessaires dans les discussions entre les parties pour résoudre “l’impact direct et souvent disproportionné” du protocole.

Avant cet appel, Maros Sefcovic avait indiqué dans un communiqué que Bruxelles répondrait “avec les moyens légaux” établis par le traité du Brexit et l’accord commercial conclu la veille de Noël.

“C’est la deuxième fois que le gouvernement britannique s’apprête à enfreindre le droit international”, a-t-il dénoncé, quelques mois après les velléités de Londres, finalement abandonnées, de se réserver la possibilité de passer outre ce protocole.

Malgré une période de grâce initialement prévue jusqu’au 1er avril dans plusieurs domaines, le nouveau régime a créé des problèmes d’approvisionnements pour les commerces nord-irlandais et est dénoncé comme une frontière au sein même du Royaume-Uni par les unionistes nord-irlandais du DUP, qui demandent son abandon pur et simple.

Le Premier ministre Boris Johnson a assuré mercredi que la place de l’Irlande du Nord au sein du marché intérieur du Royaume-Uni était “solide comme le roc et garantie”.

“Nous nous en assurons avec des assouplissements temporaires pour protéger le marché dans certains domaines, comme l’approvisionnement dans l’alimentaire, en attendant de nouvelles discussions avec l’UE”, a ajouté le chef du gouvernement conservateur, répétant qu’il n’excluait “rien” pour y parvenir, y compris de recourir à une disposition du protocole permettant à l’une des parties de s’affranchir des obligations en cas de graves difficultés “économiques, sociétales ou environnementales”.

L’extension décidée par Londres vient mettre à mal l’engagement britannique réitéré le semaine dernière encore de mettre “pleinement en oeuvre” le protocole, a dénoncé le ministre irlandais des Affaires étrangères Simon Coveney.

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